Illustration : Arcane 13 du tarot inspiré par la culture afro-caribéenne en cours de création par @thecreativepineapple,
Papa Legba – divinité du panthéon Vodou

Traditions, rituels et conservation culturelle…

Tombes en conques de lambis – Antilles

Hier 2 novembre, c’était le Jour des Morts. Ce jour est férié aux Antilles au même titre que la Toussaint. La Toussaint, c’est la fête des Saints, le jour défini par la religion catholique qui s’est largement imposée via la colonisation. Ainsi, chacun s’en rappelle sans vraiment en connaître le sens et certains même cofondent aujourd’hui ces deux dates comme si elles étaient interchangeables. Pourtant le Jour des Morts est un jour populaire, en dehors  de la liturgie catholique. Un jour gagné pour honorer les nôtres. Je ne sais pas depuis quand ni vraiment pourquoi ce jour s’est imposé mais il est largement respecté dans toute la société. Chaque famille se rend traditionnellement au cimetière pour nettoyer les tombes de ses défunts et y allumer des bougies. On lessive, on gratte la cire et on fleurit : le grand ménage annuel peut parfois prendre toute la journée. C’est un temps social, autour des tombes chacun discute et on peut même manger autour des tombes. Les familles et les connaissances se rassemblent, se rencontrent. La communauté prend corps autour de ceux qui étaient là avant nous.
On parle des personnes décédées en se remémorant leur vie. On leur parle aussi et les familles se transmettent les histoires, grands faits et légendes attachées à ceux qui nous ont quittés. Bien que la tradition se perde un peu, elle reste encore bien vivante et le spectacle des milliers de flammes éclairant les tombes reste une image très présente dans notre culture et nos esprits.

Pour moi qui suis loin, c’est un petit rituel à la maison qui m’a permis d’honorer la mémoire de ceux qui ont pris le « petit chemin ». Une bougie pour chacun que je laisse brûler et un mot pour ceux que je ne connais pas. A observer chaque flamme, elles semblent avoir un caractère propre comme chaque défunt à qui elle est destinée.
Cet autel pourtant, n’a rien avoir avec les altares de Muertos mexicains. Pour moi, c’était important d’honorer ma culture sans aller piocher chez les autres. Je suis sensible à la question de l’appropriation culturelle et consciente de ma position entre deux mondes. Alors je fais le choix d’aller chercher dans ma culture une façon de poursuivre les traditions de façon authentique.

Rapport à la mort et relations avec les défunts…

Arcane 13, tarot égyptien : L’Immortalité

Cette tradition autour de la mort (mais également celle des veillées funèbres encore très pratiquée) nous offrent également un rapport à la mort qui la rend moins effrayante car elle n’est qu’un passage, une transition vers un autre état d’être où l’on reste chéri, soigné par les siens ne serait-ce qu’une fois l’an. Dès l’enfance on côtoie les tombes sans crainte parce que l’on sait qu’elles abritent les dépouilles de personnes de notre famille qui ont un jour foulé le même sol que nous et que nous rejoindrons également quand notre temps sera venu.

A mes yeux, ces défunts prennent également un nouveau rôle une fois leur transition achevée, ils deviennent des ancêtres, des guides qui participent quotidiennement à notre vie. Je pense à eux, à ce qu’ils auraient dit ou fait, à leurs enseignements de leur vivant et je leur demande conseil quand j’en ressens le besoin. En réalité, je sais que certains sont demeurés à mes côtés. Quelques miracles par-ci par-là, des ressentis, des messages plus ou moins subtiles, ils me font savoir qu’ils sont là pour moi à tout instant.

Il est donc important de leur exprimer ma gratitude pour leur protection et leur guidance. C’est une relation que je nourris comme n’importe quelle relation dans ma vie même avec ceux dont je n’étais pas proche de leur vivant car leur position aujourd’hui en fait des guides pour moi. Ce qui pouvait nous séparer, leurs limites humaines et les miennes ne sont plus en travers de nous et ainsi entre nous, il n’y a plus que coopération et bienveillance, voire de l’amour pour les plus chers parmi eux. Cette relation avec mes défunts est une façon de guérir certaines relations qui de leur vivant étaient dysfonctionnelles ou absentes.

J’ai la sensation que cet état peut-être fantasmé chez certains et parfois notre état mental nous fait penser que ce serait un soulagement. Si c’est votre cas parfois pour vous, ne restez pas seul.e.s, parlez-en, cherchez du soutien notamment professionnel et gardez en tête que ce que vous vivez est temporaire et parfois une construction de votre mental acculé. Ce n’est pas toujours facile mais pour moi, j’ai fini par comprendre que ces moments de désespoir ne duraient pas, qu’il y avait ensuite un dénouement qui me permettait de sortir de cette sensation d’enfermement. Dans le tarot, la carte du 10 d’Epées parle justement de cette sensation et elle m’aide à me rappeler que le nombre 10 est symbole de fin de cycle mais aussi de renouveau.

Des guides pour soigner des blessures qui nous dépassent…

Dernière bougie pour mes ancêtres, 03.11.19

Ce mois de novembre avec le cycle de la nouvelle Lune en Scorpion mais aussi la rétrogradation de Mercure dans ce signe est un moment idéal pour réfléchir à la relation que nous entretenons avec nos défunts, nos ancêtres. Quels sentiments gardons-nous à leur égard. Si certains nous ont blessé.e.s, avons-nous eu l’occasion de le leur exprimer ? Certains de nos déséquilibres (y compris physiques) trouvent leurs racines dans des blessures ancestrales et nous pouvons donc décider de mettre fin à la souffrance de nos lignées en travaillant sur ces relations. Nous en avons le pouvoir aujourd’hui en commençant par en prendre conscience, en en parlant et en changeant la narration autour de ces relations.

Je peux pour ma part prendre l’exemple de ma relation avec mon père décédé à mes 18 ans alors que je ne l’ai jamais connu. A l’époque, je faisais les démarches pour le rencontrer enfin mais là encore il s’est échappé… Ce qui m’a aidé à pardonner à mon père son abandon, c’est d’avoir choisi de le comprendre avec curiosité et sans jugement de celui qu’il était et d’être partie en quête d’information à son sujet pour remplacer ce qui m’avait été raconté par des faits. Cela a pris plus de 10 ans mais ça valait le coup de lâcher ce poids pour lui et pour moi.

Vivant, j’éprouvais contre lui colère, rancune et honte, j’avais même fantasmé le pire à son sujet du fait des secrets qui entouraient son existence. Après quelques années à digérer sa mort et mes sentiments, il fait désormais partie de mes ancêtres protecteurs. La première fois que j’ai ressenti sa présence, sans mentir, je l’ai rejeté car la colère était encore très vive ainsi que la tristesse et la douleur de l’enfant blessée que j’étais. Mais j’ai fini par réaliser qu’il n’était plus l’homme à qui j’en voulais mais un ancêtre qui pouvait m’aider en lui pardonnant post-mortem à faire la paix avec les hommes, le Masculin et à le réintégrer en moi, me défaire de la peur d’être à nouveau abandonnée et à revoir mon estime personnelle. C’etait aussi offrir à son âme un peu de paix pour poursuivre sa route.

Aujourd’hui, nous sommes parfois éloignés géographiquement des dépouilles de nos défunts. Nous pratiquons moins nos traditions et cela signifie aussi que nos ancêtres peuvent tomber dans l’oubli. Nous ne gardons pas vivants leurs savoirs et les relations. Nous ne recevons pas leurs enseignements et leurs bénédictions. Or sans eux, nous perdons nos racines et un soutien parfois salvateur pour trouver des réponses à nos interrogations.

Et vous, ressentez-vous le besoin de renouer le lien avec certain.e.s de vos ancêtres, peut-être même de les accueillir en tant que tels ? Avez-vous conscience de leur présence auprès de vous ? Y a-t-il des actions qu’ils vous invitent à mettre en place ?