Après avoir répondu à l’appel de Morgane Sifantus (@sorcieremorgane) et Eva Léger (@eva_raconte) de deux consœurs d’Instagram à m’exprimer à propos de la colère, j’ai réalisé que j’avais à dire sur les émotions de façon plus large. Alors, je me lance ici pour regrouper mes idées et vous partager mes pensées.

Je tiens à préciser que je ne répondrai à aucun commentaire qui viserait à invalider ou relativiser mon expérience de femme en colère et réclamant son droit à exprimer sa colère…

En illustration de cet article, Samara Kali par Raja Ravi Varma. Terrifiante déesse de la Destruction, de la Transformation et de la Préservation, elle est un avatar de Shakti, la Déesse-Mère (à propos de Kali)

Tout à commencé avec ce post, il y a deux jours :

Colère, nom féminin : colère noire

Parce que la colère non-exprimée, ça s’incruste, ça enflamme et pas que l’esprit… Combien de femmes croisées en consultation ou dans des cercles qui souffrent dans leur chair à trop retenir la digue de leur rage ?
Les femmes, on ne leur apprend pas que leur colère est juste. D’ailleurs, on méprend souvent la colère des petites filles en la qualifiant de tristesse ou alors on la leur interdit (« c’est moche une petite fille en colère, pas aimable »🙄). Et ça fait des femmes qui ne savent pas être en colère. Mais la colère, c’est l’expression qu’une limite a été dépassée. Alors oui ! Soyons en colère !! Exprimons notre colère et pas tout doucement, non on va secouer la société parce que le monde doit changer !!! Et puis le motif de la « angry black woman » la femme noire en colère, la « Fatou fâchée »… C’est tellement oppressant. Comme si la colère d’une femme noire ne pouvait pas être légitime. Mais quand on subit de la violence (physique, politique, émotionnelle…) on a le droit d’être en colère ! BORDEL !!!
Sincèrement, si on vous parle spiritualité en niant votre colère ou votre droit à la colère, FUYEZ ! On vous manipule ou on cherche à préserver le système de domination en lui donnant un côté « new age ».
J’ai appris tellement de choses grâce à ma colère et depuis que j’ai appris à la comprendre. Avant j’avais juste honte d’être colérique mais :
1. Je suis Pitta alors j’éprouve de toute façon beaucoup d’émotions chaudes
2. Je suis une femme noire issue de peuples dominés, exploités, survivants de génocides qui sont parfois encore en cours (chlordécone bonjour !)
JE SUIS EN COLÈRE !!! et ma colère mêlée à du sens me permet de passer à l’action, de porter des messages justes, de travailler à la guérison et la réparation des blessures…
Et, si aujourd’hui, dans la société actuelle, tu n’es pas en colère, c’est que TU FAIS PARTIE DU PROBLÈME !

Puis suite à une réaction (enfin plusieurs très longs commentaires) m’expliquant que la colère c’était le mal, un poison, l’origine de toutes les souffrances et qu’il fallait s’en défaire pour être un esprit évolué… Un autre texte m’est venu :

Colère, fureur, courroux, férocité, rage !

Je ne parle pas de violence mais d’émotions, de ressentis. On ne peut pas nier le ressenti de l’autre sans le briser. A chaque fois que l’on refuse à une personne le droit de dire qu’elle ressent de la colère, on lui ôte le droit fondamental de réagir face à une injustice réelle ou même ressentie. On lui retire un formidable moteur d’évolution car là où la colère pique, on découvre un potentiel de transformation à explorer.
On demande aux femmes d’exprimer leur colère en douceur, sans déranger parce que l’humanité, et par là j’entends principalement les hommes qui détiennent le pouvoir, a été ainsi habituée à des femmes qui prennent sur elles. On leur dit qu’elles devraient éviter la colère, l’hystérie ! Et dire sans s’énerver pour mieux continuer à ignorer leur avis.
Mais aujourd’hui c’est fini ! Ça fait longtemps que toutes les limites ont été dépassées !!! Les femmes ont conscience que ce pouvoir en place et leur docilité qu’il a pris pour acquis nous mènent droit dans le mur alors elles s’expriment haut et fort. Et oui ça dérange. La vérité vous rendra libre mais d’abord, elle vous agacera (Gloria Steinem). Alors, même quand on me dit que le bouddhisme juge ma colère comme un poison, que ma colère est un péché capital pour la chrétienté, je m’en fiche de tous ces dogmes organisés par des hommes pour leur paix et s’assurer le pouvoir ! Le poison, c’est la domination, le péché c’est l’arrogance des dominants.
Alors, je convoque Kali, Durga, Oya, Oshun, Hera, Lilith et encore mille déesses en colère qui avec moi secoue le monde, refuse la mollesse bien pensante parce qu’il est temps de changer.

Les messages en commentaires s’intensifiant…, j’ai donc choisi de partager de façon plus globale sur les émotions. La petite Céline, n’a pas eu d’éducation émotionnelle. Elle était colérique, on disait qu’elle avait mauvais caractère, comme sa grand mère. De bouderies en crises de pleurs en grandissant, ma colère était un fardeau que je ne comprenais pas mais auquel on m’identifiait. Ma carapace de froideur craquait vite et je finissais par exploser à la figure des autres ou seule dans mon coin… Pas très pratique en société, au travail, entre amis (je n’osais pas exprimer mon désaccord de peur d’une crise qui me ferait perdre mes ami(e)s), en amour (mon compagnon se trouvait parfois désemparé face à mes crises émotionnelles accélérée par l’entreprenariat)…

Mais grâce à l’Ayurveda j’ai découvert mon profil émotionnel via ma constitution. J’ai donc acceptée que je ressentais des émotions globalement chaudes (frustration, agacement, colère, …), j’ai compris que j’étais hypersensible et j’ai appris comment me calmer. Une fois cette prise de conscience, j’ai pu décider d’agir pour me comprendre et répondre à mes besoins mais aussi pour exprimer mes émotions et besoins vis-à-vis des autres. Evidemment, la Communication non-violente (CNV) avec le livre de son fondateur Marshall Rosenberg « Les Mots sont des fenêtres ou bien se sont des murs » a été une première approche. Puis la méditation pour observer mes sensations et les laisser passer. Et l’écriture pour m’aider à comprendre et trouver l’action transformatrice. Ma colère a été une grande enseignante, j’ai énormément de gratitude pour elle. Quand je ressens de la colère, je sais que je dois agir pour changer quelque chose. C’est précieux !

A mes yeux toutes les émotions sont valides et peuvent être ressenties et exprimées. Il est donc important de les apprivoiser pour se comprendre mais aussi comprendre les autres et éviter de juger des réactions qu’on ne comprendrait pas. Plutôt que de surréagir, on peut devenir curieux et interroger l’autre sur son ressenti pour l’aider.

Voici donc ma vision sur nos émotions, je ne prétends pas détenir LA vérité sur le sujet mais c’est aujourd’hui ce qui me parle :

Ressentir est un droit inaliénable.

On peut apprendre à comprendre ses émotions, les apprivoiser, écouter le message qu’elles nous transmettent mais on ne peut pas arrêter de ressentir une émotion. Pas même celles qui nous dérangent, pas même celles qui dérangent les autres. Ce qu’on peut faire, c’est apprendre à les exprimer, on peut moduler leur expression mais l’attitude que l’on choisit sera bien souvent fonction de la relation à l’autre et du rapport de force. Nos émotions nous appartiennent, ce n’est pas l’autre qui est responsable mais bien MOI car l’émotion vient me donner une information précieuse sur MOI. Elle m’indique un besoin qui a été comblé ou non, c’est la façon dont notre corps, notre cerveau et notre cœur communiquent. On ne bride pas ses émotions au risque d’imploser, de développer des troubles.

Selon l’Ayurveda, en fonction de notre constitution, on aura tendance à vivre certaines émotions plus que d’autres. Pitta est hyper-émotif mais sait se forger une carapace. Il vit beaucoup d’émotions chaudes 🔥 Vata varie très rapidement d’une émotion à l’autre mais ressent peur et anxiété 😱 plus fortement. Kapha est le profil le plus stable entre sérénité et mélancolie. Attention toutefois à ne pas faire déborder le vase au risque de subir une colère froide et dévastatrice⚡
Reconnaître ses émotions, connaître son profil émotionnel, apprendre à s’exprimer à ce sujet et trouver les conteneurs sécurisants pour le faire, c’est de l’intelligence émotionnelle. On peut faire appel à la communication non-violente pour apprendre à s’exprimer en conscience. Quoiqu’il en soit nos émotions doivent s’exprimer pour éviter de s’imprimer en nous et nous définir totalement.

Les qualités du mental entrent également en compte dans les émotions que l’on ressentira. Manas (le mental) peut être tamasique. Dominé par Tamas, l’ombre, l’apathie, nous sommes incapable de sortir de notre mental, de passer à l’action. On peut penser à la dépression par exemple. Quand Manas est rajasique, il est soumis au mouvement et la colère aveugle domine. Nous sommes emportés dans nos émotions sans capacité de maîtrise de notre esprit. Enfin, Manas est dit sattvique quand il est apaisé et éclairé. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut faire évoluer la qualité de notre mental en travaillant sur nous, en apprenant à nous connaître et à nous discipliner. La mauvaise, c’est qu’un esprit tamasique ne sera pas réceptif à des injonctions extérieures, il faudra attendre un choc éventuel salvateur pour lui permettre de reprendre le contrôle.

On peut passer de tamas à sattva grâce à l’action de rajas, cela peut donc être tout une aventure !

J’apprécie particulièrement deux outils pour poser des mots sur ses émotions et choisir les actions qui nous aideront à les prendre en compte. Ce sont des roues des émotions.

Roue des émotions, inspirée des travaux de Plutchik

 

Roue des émotions et des besoins, crédits : apprendreaeduquer.fr

 

La colère est donc une émotion qui se déclenche quand on est frustré.e, que l’on ressent ou vit de l’injustice, quand on se sent impuissant.e ou que notre intégrité est menacée (une limite a été franchie). Les émotions se sont des réactions de notre cerveau que nous ne pouvons pas contrôler et qui déclencheront des sensations et des sentiments sur lesquelles nous pouvons agir alors. Pour moi, la colère est un moteur d’action formidable et elle ne passe pas forcément par l’agressivité. Certaines grandes actions non-violentes ont pour origine la colère. Je pense notamment à Martin Luther King, Rosa Park, Gandhi, Mandela… Comme le dit Françoise Vergès « La colère est à la base de tout engagement ». Parce que nous sommes des êtres de relations (avec les autres humains et non-humains), nos émotions peuvent devenir des moteurs du changement social. On peut penser nos émotions et plus particulièrement la colère comme notre défense pour maintenir la vie autour de nous dans une société où de trop nombreuses oppressions se sont installées (patriarcat, racisme, colonialisme, capitalisme, …)

Au travers des portraits lunaires (étude du thème astral) et de la détermination de leur constitution ayurvédique que je réalise pour mes clientes dans le cadre de leur accompagnement, je propose également de donner des clés de compréhension de leur profil émotionnel en déterminant des exemples individuels d’actions permettant de s’apprivoiser et de répondre à ses besoins.

Avant de vous laisser, je vous invite à découvrir quelques ressources sur le sujet :

Et parce qu’on parle colère, un peu de Kelis pour se rappeler qu’elle peut s’exprimer même bruyamment 😉