Je m’apprête à aborder un sujet complexe et je ne prétends pas détenir l’absolue vérité à ce sujet. Je vais donc essentiellement parler de mon expérience et vous partager mon point de vue quant à l’existence de pratiques douteuses où pour des raisons essentiellement marketing, des parts de cultures de populations qui ont été dominées, le sont parfois encore, sont utilisées dans les domaines de la spiritualité et du bien-être en leur ôtant ainsi leur dimension spirituelle et en leur manquant de respect.
Je suis consciente qu’en ayant choisi de me former à l’Ayurveda, médecine originaire de l’Inde on pourrait me le reprocher mais je crois sincèrement que pour diverses raisons que je vais développer dans cet article, je suis tout à fait bien placée pour soulever cette question.
Alors accrochez-vous, on va parler sociologie ou plutôt « social studies » parce que clairement les pays anglo-saxons ont un peu d’avance sur ces réflexions par rapport à la France.

Pour commencer, je vais être assez scolaire et vous transmettre quelques définitions qui sont vraies pour moi et sur lesquelles je fonde ma réflexion :

  • Racisme systémique :
    J’insiste mais le racisme est par définition systémique. Le racisme est un système qui produit et reproduit des inégalités cumulatives et durables basées sur le concept de «race», favorisant le «privilégié» et défavorisant le «racisé». Le système, loin de se limiter à des actes discriminatoires isolés, peut se manifester d’une manière organique dans tous les domaines: santé, travail, justice, éducation, etc. Le racisme culturel est le racisme le plus répandu. Il s’appuie sur l’ «essentialisation» d’un groupe en lui assignant une culture qui lui serait inhérente et par définition inférieure ou dangereuse : le Noir est un bandit, la musulmane est soumise, l’Autochtone est profiteur, le Juif est avare… Ainsi, je ne m’arrêterai pas sur les gestes individuels produits par le racisme et la création de « l’altérité » et la distanciation qu’il provoque sur la base de clichés et croyances ancrés dans la société.
    Définition extraite de l’article du HuffPost Canada : http://bit.ly/2UgPPrn
    Intéressant puisqu’il traite des Canadiens français du Québec qui sont une part de la majorité culturelle dominante (occidentale et blanche) sur le plan mondial mais qui sont une minorité culturelle au Canada à majorité anglophone.
  • Appropriation culturelle :
    « A term used to describe the taking over of creative or artistic forms, themes, or practices by one cultural group from another. It is in general used to describe Western appropriations of non‐Western or non‐white forms, and carries connotations of exploitation and dominance. » (Oxford Reference) – Définition complète en anglais
    Un terme utilisé pour décrire la main mise sur les formes artistiques ou créatives, les thèmes et pratiques d’un groupe par un autre. Généralement employé pour décrire une appropriation occidentale d’une forme non-occidentale ou non « blanche », portant également les principes d’exploitation et domination.
  • Privilège blanc ou white privilege :
    A relier à la notion de privilège social plus largement (privilège masculin par exemple).
    « Le corollaire de la discrimination engendrée par le racisme, c’est le « privilège blanc ». Toute une série d’avantages avec lesquels les personnes blanches partent dans la vie, pour l’unique raison qu’elles sont blanches. Ces atouts font qu’elles sont perçues comme a priori légitimes, a priori compétentes et a priori innocentes. » – Ségolène Roy (lien vers l’article complet sur son blog Médiapart à la fin de mon article)
  • Folklore : Ensemble des pratiques culturelles (croyances, rites, contes, légendes, fêtes, cultes, etc.) des sociétés traditionnelles. (Larousse)
    Je l’utilise également pour décrire une forme d’essentialisation de la culture comme le « doudouisme » pour les Antilles où les pratiques et attributs n’ont plus de sens et ne servent qu’à divertir l’autre (touriste), ce sont des clichés, des stéréotypes.
  • Culture : (Larousse)
    Ensemble des phénomènes matériels et idéologiques qui caractérisent un groupe ethnique ou une nation, une civilisation, par opposition à un autre groupe ou à une autre nation : La culture occidentale, la culture hindoue, la culture kalina…
    Dans un groupe social, ensemble de signes caractéristiques du comportement de quelqu’un (langage, gestes, vêtements, etc.) qui le différencient de quelqu’un appartenant à une autre couche sociale que lui : culture bourgeoise, ouvrière, urbaine…
  • Sacré :
    Qui appartient au domaine séparé, intangible et inviolable du religieux et qui doit inspirer crainte et respect (par opposition à profane) : Les vestales entretenaient le feu sacré.
    Qui a un rapport avec la religion, avec l’exercice d’un culte : Auteurs sacrés. Musique sacrée et musique profane.
    À qui l’on doit un respect absolu, qui s’impose par sa haute valeur : Le caractère sacré de la personne humaine. Les lois sacrées de l’hospitalité.
    Je module cette définition car pour moi, l’essentiel est dans le respect de la valeur de ce que l’on définit comme sacré : vie, Terre, pratique cultuelle ou culturelle, … la religion a une dimension institutionnelle qui me fait penser que tout n’est pas toujours à sanctifier dedans mais c’est un autre débat !
  • Spiritualité :
    Qualité de ce qui est esprit, qui tient compte de l’âme et qui a des buts au-delà de la matérialité.
    Là encore j’ai préféré moduler cette définition du Larousse, puisque ma vision de Dieu est très ouverte. Le divin prend de multiple forme à mes yeux, il est en chacun de nous et partout sur cette Planète et sans aucun doute au-delà. Egalement, je considère vivre une spiritualité incarnée et donc je n’oppose pas l’esprit à la matière. Je crois que la matière est un véhicule pour l’âme et pour qu’elle se réalise dans ce monde. Ainsi, mon corps est important et je ne diabolise pas la dimension matérielle de la vie qui me soutient (argent, biens). Ce ne sont que des ressources, de l’énergie densifiée jusqu’à être palpable.

Revenons à notre sujet maintenant que le contexte est placé et que vous savez d’où je parle.
Depuis plus de deux ans maintenant où je suis immergée dans le milieu du bien-être et de la spiritualité parisienne/française, diverses situations se sont présentées à moi et m’ont fait me questionner et parfois réagir. Sous couvert de spiritualité et d’être de « bonnes » personnes, ces sujets ne sont pas abordés en général et parfois on me renvoie mes interrogations et ma colère comme quelque chose d’anti-spirituel. Je ne crois pas que ce soit le cas ! je crois qu’il est nécessaire de faire face à ses ombres et que la colère est un moteur de transformation et d’action fabuleux si elle est dirigée et écoutée.

Pour commencer, je suis parfois attristée par le manque de diversité dans les personnalités du milieu. Peu de personnes de couleurs, des femmes au physique normé (grande, mince, cheveux longs, corps souples et toniques, blanches) en grande majorité.
J’avais déjà partagé mon malaise il y a quelques temps sur Instagram quand j’avais voulu engager la conversation avec une personne que je connais et que je m’étais retrouvé face à un mur. Alors que certain.e.s prônent la diversité, je n’en voyais pas la couleur (c’est le cas de le dire) ni la forme (sic !).

Voici un extrait de mon texte de l’époque :
« Aujourd’hui, dans le monde du bien-être, je vois à nouveau ce modèle unique d’une femme parfaite yogini souple et athlétique, blanche et aux cheveux longs et lisses. Ne te méprends pas, je n’ai rien contre celles qui rentrent dans ces critères. Toutefois, j’aimerais voir plus de diversité ! Des femmes rondes, des femmes de toutes les origines, des femmes aux peaux imparfaites, des locsées, des cheveux courts, des femmes qui ne maîtrisent pas tout. Je sais qu’il y en a ! Je suis d’ailleurs heureuse car je sais que certaines de ces femmes viennent à moi. Peut-être que quelque part, je nous rends aussi visibles. Peut-être que quelque part je dis que nous aussi nous avons droit au bien-être et à la santé. »

La réponse que j’avais reçu m’avais laissée pantoise puisque la personne m’a simplement dit qu’elle n’était pas d’accord avec moi et que la diversité était présente du fait qu’il fallait regarder l’âme des personnes plutôt que leur apparence physique… Je me permets de ne pas être d’accord à mon tour car clairement la représentativité de la diversité est importante. Elle permet de pouvoir se reconnaître et de s’autoriser à son tour de faire les choses que l’on voit. Ainsi, s’il n’y a que des femmes entrant dans un certain canon de beauté qui sont en couverture des magazines (beauté, bien-être, yoga, spiritualité, …), il est difficile pour une personne sortant de ce canon de s’identifier et de se dire que c’est aussi pour elle. Donc en étant visible, peut-être que quelque part, je nous rends aussi visibles. Peut-être que quelque part je dis que nous aussi nous avons droit au bien-être, à la santé et à la spiritualité.

Des personnalités anglo-saxones parlent plus facilement de cette uniformité dans le secteur. Vous pouvez lire par exemple cette publication récente de Jessamyn Stanley, enseignante de yoga et première femme noire et ronde à avoir fait la une du Yoga Journal américain. Elle y parle de son conflit intérieur entre joie et fierté mais aussi ce besoin de reconnaissance face à une société qui n’a pas été bâtie pour elle.

View this post on Instagram

I think I’m the first fat person on the cover of @yogajournal. A black fatty who doesn’t hate themselves on the cover of one of the whitest magazines in history. Well I’ll be damned. What does that really mean, though? What should I take from that? I’m excited. Don’t get me wrong. I’m very happy about all of this. But what does it mean for me to strive for the approval of white supremacist institutions? What does that say about who I am? About who this world has trained me to be? In my happiness I see my desire to be seen in the light of whiteness. To be accepted by those who oppress me. To receive a mark of approval from those who will never respect me. When will I learn that the mark of approval is unnecessary? When will I learn that I need not tap dance for the enjoyment of white audiences? When will I learn that my blackness is not for sale? When will I learn that my self-approval is not on the auction block? I’m happy. But I’m critical. Because I’m practicing. And practicing is more than just poses. When we do the actual work of #yoga, nasty shit comes up. Don’t run from it- this is the actual work. We all have a role to play and we must all accept our responsibility. Everything else is just make believe. I’m on the February 2019 cover of @yogajournal and it’s in stores now. If you buy it, send me a picture- I wanna scrapbook it for my great-great nieces and shit. #representationmatters Photo by my love @cdo.photo EDIT- Wow. The comments on this post are a fascinating observation on the conversation about race in our world. Wow.

A post shared by Jessamyn (@mynameisjessamyn) on

Plus récemment, 2 nouveaux incidents ont ravivé cette blessure en moi du manque de visibilité des personnes aux physiques divers et plus particulièrement des personnes de couleur et du racisme qui était en action dans cette situation.

Il y a quelques semaines, je tombe sur une publication dans un groupe de personne cherchant à découvrir l’Ayurveda où parmi les plus de 10 000 personnes du groupes, certaines ont réagi de façon raciste à la dite publication. Celle-ci se plaignait d’avoir été contacté en privé par une personne d’origine indienne qui cherchait un logement pour un séjour en France. Cette dernière partage régulièrement dans le groupe depuis son arrivée à propos de sa culture, des fêtes, de l’Ayurveda… et chacune de ses publications recueillent de nombreuses réactions positives et des remerciements.
Evidemment, je n’étais pas dans cette conversation privée, je ne peux pas juger si la demande de la personne originaire d’Inde était déplacée ou abusive. Cependant, je trouve déplacé le fait de faire un post public plutôt que de signaler à l’administratrice du groupe un souci éventuel. En effet, ce post public a entraîné un jugement immédiat des autres membres et parmi les remarques, certaines étaient clairement racistes « un indien type », « c’est bien un indien ça » et j’en passe. Certaines des personnes qui réagissaient ainsi affichaient des pseudos en sanskrit qui pour certains sont des titres de noblesse ou de haut niveau de spiritualité (qu’ils se sont sans doute auto-attribués). Ces personnes sont parfois déjà parti en Inde, y vont régulièrement, pratiquent une science qui vient d’Inde et qui leur a parfois été transmise par des Indiens et surtout pour quelques-uns encore, ils gagnent leur vie grâce à ce savoir.
J’ai donc été choquée du traitement subi par cette personne originaire du pays que les membres de ce groupes semblent respecter et admirer en surface. Clairement, c’est en surface car je n’ai vu aucun respect du peuple indien dans les remarques écrites… Dans ma réponse, j’ai donc signalé le racisme des remarques en expliquant également les principes de white privilege et d’appropriation culturelle. J’ai aussi rappelé que nombre de jeunes ou moins jeunes occidentaux partaient à l’aventure en Inde (et ailleurs) en cherchant à se faire héberger de la même façon par des locaux sans que cela ne choque. C’est un double standard qui montre que ce privilège blanc existe bien.

La seconde situation récente qui m’a alarmée est une vidéo publicitaire publiée sur les réseaux sociaux par un groupe de « yoga girls » parisiennes et dans le vent où j’ai été gênée par la mise en scène, les déguisements qu’elles revêtaient et leurs attitudes très sexy. Je n’ai pas commenté car je savais qu’il n’y aurait pas de débat possible après la première conversation que j’avais eu avec l’une d’elles précédemment mais d’autres l’ont fait et j’ai liké leurs commentaires (je sais ce n’est pas courageux, je regrette un peu de ne pas l’avoir fait). Progressivement, tous les commentaires ont été supprimés et nous avons (oui même-moi) été bloqués pour ne plus avoir accès à leur contenu… Ainsi, pas de débat ni de remise en question de leur part face à des personnes qui expriment leur gêne ou s’interrogent. Elles ont préféré les museler alors que certain.e.s sont même issu.e.s des cultures auxquelles elles empruntent pour ce support marketing et sont donc en droit de demander des comptes.

Voilà ce qui me mène aujourd’hui à ce billet d’humeur qui m’a foi sera fort long, alors prends une tisane et installe-toi si ce n’était pas encore fait !

Le marketing à tout prix ?
Ainsi, on peut s’interroger sur des pratiques marketing d’appropriation qui puisent dans le folklore et la culture amérindienne, indienne, africaine, … en utilisant des attributs pour faire joli, pour vendre ou pour légitimer une pratique qui ne nous serait pas propre. Ainsi, le tambour de chaman, les plumes dans les cheveux (voire les coiffes de grand chef), les saris, les peintures ou tatouages tribaux… sont-ils vraiment nécessaires, sont-ils seulement de la décoration, de l’ambiance ?
Par ailleurs, il y a un biais important qui est que bien souvent ces pratiques de marketing ne mettent pas en avant les populations détentrices originelles des savoirs utilisés. Pire, elles les dénaturent leur ôtant leurs valeurs spirituelles et sacrées du fait de mauvais usages ou d’une méconnaissance des effets. Je pense notamment aux méditations aux tambours ou au gong ou encore à l’usage des plantes sacrées (cacao, ayahuasca, tabac, café, chanvre…). Cela se transforme même en irrespect de l’identité du fait de la désacralisation des plantes, tatouages, instruments, pratiques, costumes… qui hors de leur contexte ne sont plus que des déguisements ou des faire-valoir.

Une question de pouvoir
Pour nous qui vivons en occident, l’usage de ces pratiques à des fins commerciales peut se faire sur le dos de populations spoliées.
Pensons tout d’abord au fait que beaucoup des cultures qui aujourd’hui inspirent la néo-spiritualité (yoga, chamanisme, méditation, …) sont issues de pays ayant subi la colonisation et la domination occidentale pendant des siècles. La douleur est parfois encore vive. On peut prendre l’exemple des populations natives américaines qui vivent dans des réserves, voient leurs territoires être dévastés par des projets de pipeline géant par exemple (Standing Rock). Récemment, un aîné Omaha, Nathan Philipps, a été moqué par un groupe de jeunes étudiants lors d’une manifestation aux Etats-Unis. Au Brésil, la présidence de Bolsonaro remet en cause la démarcation des territoires amérindiens pourtant inscrite dans la Constitution de 1988. L’Inde a vécu sous colonisation anglaise et durant cette période, l’Ayurveda était interdit. Si je prends le cas de la Martinique, les populations amérindiennes ont été décimées nous laissant sans gardiens originels. En Guyane, le gouvernement français agit encore comme une puissance coloniale en permettant l’appropriation des plantes et de leurs vertus via des dépôts de brevets ensuite revendus aux laboratoires pharmaceutiques et avec des projets industriels et miniers comme Montagne d’Or ou les forages pétroliers du groupe Total…
Le passé colonial est encore douloureux, il a encore des répercussions très tangibles dans le quotidien de ces populations qui peinent parfois à conserver l’authenticité de leur culture et à la garder vivante face à toutes ces attaques. L’appropriation culturelle peut donc être vécue comme une néo-colonisation. En s’appropriant des pratiques, cultures, attributs que les descendants sont en train de redécouvrir eux-mêmes ou cherchent à protéger, c’est la violence de l’Histoire qui est revécue encore et encore. Cela peut même légitimer ou relativiser cette violence historique puisque les occidentaux peuvent pratiquer ce pour quoi les populations d’origine étaient punies, tuées, enfermées.
Sous l’angle du white privilege, on voit donc que c’est OK et même valorisé d’utiliser ces attributs ou ces pratiques, ça rapporte même de l’argent quand les détenteurs originels sont moqués, persécutés, spoliés. On peut même voir une critique de communautarisme ou de manque de « civilisation » faite aux populations minoritaires spoliées alors que c’est valorisé et cool et à la mode pour un occidental qui paraîtra « ouvert d’esprit ». On peut encore s’interroger sur la fétichisation et l’érotisation des attributs qui au départ sont sacrés et utilisés dans des contextes précis. Le yoga par exemple est devenu une vitrine où sont présentés des corps désirables, jeunes, des jeunes femmes aux moues boudeuses et avec des postures sexy.
Je m’interroge également sur le fait que l’on puisse reconnaître et encenser la culture mais discriminer, critiquer voire détester les populations et leur identité globale. Ainsi la nourriture, la médecine, le costume ont les adopte mais les habitudes culturelles qui diffèrent de la culture occidentale sont critiquées et deviennent même une tare commune à toute la population… On arrive à des situations de gentrification, de dépossession et d’exploitation au profit des dominants (riches occidentaux) quand les populations légitimes sont repoussées à la marge des pratiques, des lieux, des villes.
L’usage à des fins commerciales est aussi problématique dans le sens où l’on peut souvent utiliser la culture de l’autre sans lui reverser quoi que ce soit, les profits ne bénéficient pas aux populations locales qui continuent à vivre dans la misère et ignorées des riches occidentaux la plupart du temps. De plus, la légitimité bénéficie à ceux qui entrent dans les critères majoritaires, ainsi il y a fort à parier qu’à compétence égale, un praticien occidental aura plus de clients, sera considéré comme plus compétent qu’un praticien local. On peut regarder les grandes figures actuelles du bien-être et de la spiritualité, si Deepak Chopra sort son épingle du jeu, il est l’un des rares.
C’est donc une dynamique de pouvoir qui est en action où les dominants (occidentaux, à majorité blancs) utilisent pour leur profit la culture de populations dominées en considérant que c’est un dû.

Quelles postures et actions mettre en place pour sortir de cette dynamique de pouvoir ?
Tout d’abord, il faut regarder la vérité en face et reconnaître son privilège. Pour moi, l’ignorance est la mère de tous les vices et bien souvent, il suffirait que les personnes lisent, s’éduquent, soient à l’écoute des autres pour comprendre où leur attitude peut être problématique.
Je suis d’origine caribéenne ainsi, j’ai bien conscience des principes de perméabilité, de métissage, et de multiculturalité. Mais je connais aussi celui de l’assimilation qui veut que les dominés empruntent les codes du dominant pour survivre dans la société construite par le dominant. Ils délaissent alors leur culture qui peut mourir. L’emprunt peut être un moyen de garder une culture vivante mais il faut rester vigilant.e sur la façon dont il se fait pour ne pas dénaturer l’original.
Il est également nécessaire de favoriser la représentation des populations « autochtones » détentrices originelles des savoirs ainsi que la diversité dans les pratiques de bien-être et de spiritualité. Ainsi, chacun.e peut se reconnaître et avoir accès à des savoirs authentiques.
Un point majeur pour moi est l’humilité. Oui, il faut être humble face à ces connaissance, se questionner, accueillir l’autre vraiment et pas juste ce qu’on aime bien de lui et qui nous sert, ne pas chercher à le changer pour qu’ils correspondent à nos standards du bon « chaman », accepter d’être un apprenant permanent, de ne pas tout savoir et ne pas faire la leçon aux populations dont on s’inspire (moi je sais, je détiens la vérité, je suis un.e véritable yogi.ni ou un.e grand.e vadya …) parce qu’en réalité on n’a jamais accès qu’à une partie de l’enseignement contrairement à des populations qui baignent dedans. Ce dernier biais s’appelle du whitesplaining, c’est-à-dire qu’un occidental (généralement blanc) viendra expliquer à l’autre ce qu’il doit ressentir ou encore sa propre culture.
Une seconde attitude primordiale à mes yeux est la gratitude pour ce qui est transmis et partagé. Aujourd’hui, on se reconnecte à nos âmes, nos corps, on se soigne, on évolue, on s’ouvre, on réalise notre rôle sur Terre grâce à ces pratiques et cultures. Peut-on juste être reconnaissant.e.s de ces cadeaux sur nos routes et pour ceux qui nous les font ?
Nous pouvons aussi faire de la place, donner de l’espace aux minorités dans les médias, dans les regroupements de praticiens, lors des événements. Nous pouvons aussi ouvrir le dialogue et demander ce qui est peut être partagé et ce qui ne devrait pas, comment le partager, quelles règles, comment ne pas ridiculiser les pratiques que l’on croit honorer.
On peut aussi faire appel à des praticiens issus des minorités visibles ou originaires des pays d’où viennent ces pratiques (soit parce qu’ils connaissent soit par ce que cela leur permet de se réapproprier leur propre culture), payer-les pour leur travail et n’attendez pas qu’ils vous offrent des conseils gratuits systématiquement.
Assurez-vous également des conditions de fabrication des accessoires que vous utilisez : d’où proviennent le palo santo, les pierres, les plantes ? quelles espèces d’oiseaux sont utilisées pour réaliser un éventail à fumigation ou quels animaux ont sacrifiés leurs peaux pour un tambour ? dans quelles conditions les bêtes ont vécu, sont-elles élevées uniquement pour cela, quelle âme, où est le sacré dans ce cas ? Comment sont traitées les personnes qui fabriquent ce que vous achetez, sont-ils justement rémunérés ou pas ? Les environnements sont-ils protégés, les structures sociales sont-elles maintenues ?

Love & Light… ok, mais !
Mais alors et surtout pleine lumière sur nos ombres, nos croyances, questionnons-nous, réfléchissons, apprenons, renseignons-nous, éduquons-nous, soyons prêt.e.s à débattre, écoutons ce que l’autre à qui l’on emprunte a à dire, acceptons que peut-être parfois on peut avoir une attitude raciste simplement parce que c’est le système qui est ainsi. Acceptons que pour en sortir, il faut être capable de recevoir cette interrogation sur nos motifs, être conscient.e.s des privilèges et parfois renoncer à des trucs qui semblaient cool parce que ce ne serait pas respectueux de l’autre.
Et big love sur les populations dont les cultures ont été et sont encore spoliées en leur rendant d’une façon ou d’une autre le fruit de leur travail et de leurs connaissances, en respectant leurs souhaits et leurs pratiques sans en faire de simple déguisement ou du divertissement pour occidentaux en mal de spiritualité authentique. Pas besoin d’accessoire pour se connecter à la Terre, au Ciel, à l’Univers, à son cœur et à son âme, tout est déjà là.

Je garde en tête cette anecdote que raconte Erykah Badu à l’époque où elle s’habillait telle une grande prêtresse des traditions afro-caribéennes/afro-américaines (santeria, candomblé, vodoo, hodoo…) tout de blanc avec ses foulards attachés très hauts pour démontrer sa spiritualité et sa connexion (recherche de validation extérieure, sentiment d’illégitimité = warning !!). Elle est partie rencontrer un guérisseur cubain et elle arrive dans une maison bancale, on la fait s’assoir dans le salon qui a tout du taudis, un homme en tricot isotherme et jeans est là en train de nettoyer ses ongles noirs et de fumer. Elle s’imagine que cet homme, tout comme elle, attend le maître spirituel qu’elle est venue rencontrer pour un soin. Mais, l’homme aux ongles noirs se lève et l’appelle parce que c’est son tour et qu’il est celui qu’elle cherche. Elle aura vécu une consultation qui l’aura chamboulée et aura aussi compris que toute démonstration à l’extrême d’à quel point on est spirituel est inutile. Il n’y a qu’à vivre sa pratique et être soi-même, INCARNER. Si cela passe par des accessoires, pourquoi pas ? Mais c’est important de s’interroger sur leur nécessité, leur origine et l’usage qu’on en a. Par exemple, je crois au costume de pouvoir comme les capes des chefs néo-zélandais mais je ne suis pas une cheffe néozélandaise alors je n’en achète pas et je n’en porterai pas parce que ce ne sont pas des déguisements. Je suis simplement en admiration quand j’en vois et très curieuse mais dans la limite de ce qu’on veut bien m’en dire.

Et pour résumer, un petit conseil en cas de doute :
« … tiens-toi éloigné.e de tout ce qui pourrait violer la loi, perpétuer des stéréotypes ou mépriser les souhaits des populations natives (autochtones). Le monde est complexe – les lignes qui déterminent l’appropriation et la mal-appropriation peuvent être floues. C’est important de garder le débat ouvert. C’est aussi important que tu fasses tes recherches et que tu t’éduques avant de faire des suppositions. »
Extrait et traduit de l’article du Gardian de Jessica Metcalfe, Native Americans know that cultural misappropriation is a land of darknes

Un peu plus de lecture pour poursuivre la réflexion :

Des praticien.ne.s et actions à soutenir pour plus de diversité et d’inclusion dans le bien-être et la spiritualité :

J’aimerais beaucoup augmenter cette listes alors n’hésitez pas à m’écrire si vous pensez à d’autres personnes.

Soutenir des populations autochtones ou des projets visant à protéger leurs écosystèmes :

Je suis également prête à faire grossir cette liste de projets auxquels nous pouvons contribuer ou d’entreprises dont le modèle permet de protéger les populations autochtones et leurs savoirs donc écrivez-moi si vous en connaissez d’autres.