Lors de mes dernières vacances en Martinique, je suis tombée sur un petit livre qui m’a beaucoup intriguée. « De la Modernité de la diététique des amérindiens de Martinino-ex-Jouanacaera », d’Emmanuel Nossin (pharmacien et ethnopharmacologue) a été publié en 2008.

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L’ouvrage n’est pas très gros mais il est sacrément original car il regroupe les rares traces qui ont pu être retrouvées documentant l’alimentation des amérindiens, habitants natifs de la Martinique, après qu’ils aient été décimés ou forcés à fuir suite à la colonisation commencée à la fin du 15è siècle. Aujourd’hui, nous ne connaissons de ces indiens que ce qui a pu être transmis aux colons eux-mêmes mais aussi aux esclaves et marrons (esclaves en fuite) qui ont pu rencontrer les quelques amérindiens survivants. Certains mythes autour de ces survivants ont traversé les siècles, les acumboyes (chaman) devenus parfois sorciers ou guérisseurs à proximité des habitations, souvent retirés dans la forêt.

Pour en revenir à la découverte de ce livre, je ne crois pas aux coïncidences ! Ce livre est donc arrivé dans ma vie alors que depuis un moment déjà je réfléchissais au sens de mon changement de d’orientation professionnelle.
En effet, j’ai décidé d’apprendre l’ayurveda plutôt que la médecine chinoise ou la naturopathie car au-delà des valeurs et des principes spirituels qui me parlent, elle s’inscrit dans un milieu tropical, ainsi certaines plantes sont déjà utilisées en Martinique dans notre pharmacopée locale parfois sous d’autres noms. Cela me semblait donc logique, naturel bref, l’ayurveda me parlait déjà avant même que je ne la connaisse.

Mais j’ai compris aussi progressivement que quelque part, cela répondait aussi à un rêve d’enfant de retrouver la médecine traditionnelle amérindienne de Martinique,  je cherche à faire le pont entre mes connaissances de la pharmacopée caribéenne et une médecine traditionnelle codifiée et reconnue. Ces connaissances se nourriront l’une et l’autre et je pourrai puiser dans chacune d’elle selon les besoins.

Je m’éloigne du sujet du livre et je vous parle d’un de mes moteurs mais je ne m’éloigne pas vraiment… Dans l’ayurveda comme pour mes ancêtres amérindiens, la nourriture est une façon de se soigner, la première même ! Quand j’ai fait le choix, il y a maintenant 8 ans de devenir végétarienne, j’ai redécouvert mon alimentation et le rôle majeur de la nutrition dans le maintien de la santé. Ce principe déjà connu il y  plus de 5000 ans par les sages qui ont écrits les traités fondateurs de l’ayurveda était aussi connu des acumboyes amérindiens et s’est poursuivi de l’itchali au jardin créole que l’on peut encore trouver aujourd’hui.

Quelque part, tomber sur ce livre, m’a permis de faire le lien entre mes aspirations profondes et anciennes et ma motivation actuelle à soigner naturellement. Cette découverte m’a aussi permis de me replacer dans une lignée, une tradition caribéenne de soin que je souhaite maintenir et faire vivre.

En ce qui concerne l’alimentation, je crois que nous pouvons nous inspirer des habitudes alimentaires des amérindiens dans notre quotidien :

  • Profusion de fruits et légumes frais aux Antilles ou Europe, préférez ce qui pousse localement car mieux adapté pour être en bonne santé sur le territoire où l’on se trouve
  • Peu d’aliments carnés comme les viandes, poissons et fruits de mer (je dirais même si possible pas d’aliments d’origine animale du tout)
  • Peu de sel ou de sucre (rapide en particulier), si vous pouvez vous en passer allez-y, surtout le sucre qui est une véritable drogue !!
  • Des épices pour le goût mais aussi pour leurs apports en vitamines et minéraux
  • Des aliments riches en fibres et avec des indices glycémiques faibles comme les légumineuses
  • Pas de friture ni d’alcool de façon régulière
  • Une activité physique récurrente

Cet « Arawak Diet », disons que c’est ma quête ! Je ne suis pas parfaite, je fais des écarts mais c’est désormais ma ligne directrice. Je retrouve donc dans ce livre et dans mon cheminement actuel une grande cohérence et c’est avec joie que je partage ce voyage avec vous !

Je me suis engagée ces derniers jours comme coach du Défi Véggie organisé par l’association végétarienne de France. J’accompagne pendant 3 semaines un petit groupe de personnes souhaitant avoir à terme une alimentation végétale et c’est pour à la fois moi un plaisir ainsi qu’une nouvelle source d’apprentissage. J’ai une furieuse envie de partager alors je vous le dis, ce n’est que le début et je prévois très prochainement un petit livret à télécharger pour vivre un printemps régénérant avec des recettes et des astuces naturelles !

En attendant, une recette qui réinterprète un basique de la cuisine antillaise : le Féroce ou Féwos’. Le féroce est le cousin du guacamole mexicain mais nous le faisons avec de la farine de manioc. On la trouve dans les épiceries exotiques à Paris. Le manioc est un tubercule qui était la base de l’alimentation des amérindiens, on parle même de « civilisation du manioc ». On en fait encore une farine plus ou moins fine que l’on utilise dans la cuisine et dont on fait une sorte de galette que l’on appelle cassave. Cette farine est sans gluten, donc une alternative encore peu connue pour ceux qui souffrent d’intolérance ou qui veulent juste limiter leur consommation.

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Du guacamole, le féroce est plus compact et normalement on y trouve de la morue.

La recette du Féroce est vraiment très facile et idéale pour un apéro ou à intégrer dans un repas complet. Normalement, on le fait avec de la morue séchée mais je vous propose 3 versions végétales 😉

  1. Féroce d’avocat
  • Un bel avocat ou 2 petits (environ 250g)
  • de la farine de manioc (environ 150g)
  • du sel
  • du poivre
  • du piment fort ou pas trop (bondamanjak ou végétarien) selon votre goût ou même du piment confit
  • une branche de cive (ciboule)
  • le jus d’un demi citron

Ecrasez l’avocat avec une fourchette puis ajoutez la farine jusqu’à avoir une pâte qui se tienne et que vous pourrez rouler en petites boules. Ajouter la cive émincée très finement, le sel, le poivre, le piment (une pointe de couteau) et le jus de citron. Mélangez le tout et aidez-vous d’une petite cuillère pour prélever la quantité nécessaire pour chaque boulette de féroce.

  1. Féroce de giraumon ou potimarron

Le giraumon est une courge que l’on trouve en Martinique mais en France, on peut tout à fait le remplacer par du potimarron ou même de la courge butternut.

  • environ 200g de courge
  • de la farine de manioc (environ 100g)
  • du sel
  • du poivre
  • un peu de piment
  • une échalote
  • une gousse d’ail
  • mélange 4 épices ou un peu de noix de muscade râpée
  • une cuillère à soupe d’huile d’olive

Après avoir fait cuire la courge, écrasez-la en purée et faites revenir dans une poêle avec un peu d’huile d’olive, l’échalote et l’ail. Sortez-la du feu et dans un saladier ajoutez-y la farine de manioc et mélangez progressivement jusqu’à l’obtention d’une pâte assez consistante. Ajoutez le sel, le poivre, le piment et les épices. Mélangez le tout et aidez-vous d’une petite cuillère pour prélever la quantité nécessaire pour chaque boulette de féroce. N’hésitez pas à mettre un peu de farine sur vos mains pour rouler plus facilement les boulettes.

  1. Féroce d’haricots azuki

Les haricots azuki sont de petits haricots rouges japonais qui sont particulièrement bénéfiques pour la maîtrise du cholestérol et du taux de sucre dans le sang. Comme la plupart des légumineuses, ils sont riches en fibres et en protéines.

  • 200 g de haricots azukis préalablement trempés (toute une nuit) et cuits
  • 120g de farine de manioc
  • du sel
  • du poivre
  • un peu de piment
  • une petite botte de coriandre fraiche
  • de l’huile d’olive

Écrasez les haricots en purée (avec un presse purée électrique si vous avez ou à la fourchette) et ajoutez-y la farine de manioc. Assouplissez le mélange avec un peu d’huile d’olive et ajoutez le sel, le poivre, la coriandre finement hachée et le piment. Commencez les boulettes, vous pouvez aussi vous aider de la farine sur les mains pour les rouler plus facilement.

Quand vous avez fini de faire des boulettes, c’est l’heure de l’apéro 😉 mais n’oubliez pas avec modération. Et un petit secret, le sucre et le citron sont des antidotes de l’alcool en ayurveda, je crois qu’on peut donc officiellement déclarer le ti-punch comme une boisson acceptable 😀

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voici mes boulettes de Féroce d’azuki 😛